Le projet « Pourquoi j’ai faim ? En route vers la planète des mangeurs heureux » de l’ASBL Aktina a démarré en mars 2018 avec pour objectif de développer un nouveau modèle de prévention précoce de l’obésité chez l’enfant par des actions centrées sur la future mère pendant la période prénatale.

Pour ce faire, Pascale Marcoux et son équipe ont sensibilisé les femmes enceintes et leur entourage aux modes de consommation actuels et au marketing de masse, en tentant de les réconcilier avec l’acte de manger, en mettant l’accent sur la convivialité et la transmission culturelle. Le moment de la grossesse étant propice aux changements, l’équipe d’Aktina souhaitait aider les familles à retrouver des repères et un retour aux vraies sensations. Il s’agit d’un projet novateur qui « à travers la pleine conscience, l’écoute du corps, les sensations, les émotions et les valeurs, permettra à chaque participant d’être capable de se réguler dans un environnement « hostile » ».

Les questions de recherche étaient les suivantes :

  • Quels sont les comportements alimentaires à risque d’obésité des parents transmissibles à l’enfant, sans pour autant être héréditaires ?
  • Y a-t-il plus de troubles alimentaires dans la population des femmes enceintes que dans la population générale belge ?
  • Devrait-on prévoir un dépistage systématique ?
  • L’outil développé est-il efficace pour revenir à un comportement régulé ?
  • Suivis des mamans et du poids des bébés.

Et comme objectifs plus spécifiques :

  • Sur base des résultats de l’étude des corrélations, faire une proposition de dépistage des facteurs perturbateurs de la régulation des futures mamans (et donc prévenir chez les enfants) et cibler des trajets de soins si nécessaire.
  • Transmission des propositions dans les équipes de terrain.

 

La population de l’étude était composée des femmes entre 9 et 28 semaines de grossesse suivies en consultation dans les services de consultations prénatales de l’hôpital de Jolimont-Nivelles-Tubize et de l’hôpital de Gosselies de septembre 2018 à septembre 2019. Les lieux ont été choisis parmi des régions où la population est la plus précarisée selon les données de la Banque de Données Médico-Sociales. Les consultations prénatales représentent le moment idéal pour faire ce screening.

Les femmes enceintes complétaient un auto-questionnaire qui permet de mettre en évidence d’éventuels troubles alimentaires. Ensuite, celles qui le souhaitaient pouvaient s’inscrire aux modules proposés par Mme Marcoux. Il s’agissait de 4 modules :

 

Module 1 : sortir de la restriction, découvrir les sensations de la régulation

Module 2 : externalité (se mettre en attention plutôt que de faire attention !)

Module 3 : émotivité (apprendre à ressentir les émotions et le pouvoir des aliments pour diminuer les tensions)

Module 4 : alimentation durable et accessible (déjouer les pièges du marketing à travers l’écoute de son corps).

 

Un peu plus de 600 futures mamans ont rempli le questionnaire de screening du EAT (Eating behaviour test), 108 mamans ont participé à 1 ou 2 modules ; 34 à 3 ou 4 modules. 52 mamans ont répondu à l’enquête postnatale, dont 8 n’ayant pas participé à l’étude au préalable.

 

Sur les 613 questionnaires de départ :

L’âge moyen est de 29 ans, l’IMC moyen chez les femmes interrogées est de 27 et 36 % d’entre elles ont un BMI au-dessus de 27.

20 % des femmes interrogées fument, 9 % sont diabétiques. Il y a 41 % de primipare et on retrouve quatre niveaux d’études et niveaux socioéconomiques au sein de la population interrogée.

 

Sur les 110 tests DEBQ, une maman sur trois présentait ainsi au moins un des 3 facteurs perturbateurs. Le facteur « émotivité » semble se retrouver chez toutes ; « l’externalité » chez les mamans les moins instruites surtout, et la « restriction » chez les plus instruites. Une maman sur trois (et donc un enfant sur trois) a besoin d’aide.

 

Après le 1er module, l’équipe a pu constater des effets positifs sur la restriction rigide (en baisse). Après le 2e module, des effets sur l’externalité. Après le 3e module, sur l’émotivité et sur la restriction cognitive.

A la naissance, le BMI moyen des bébés était de 13,2 (54 poids récoltés) – soit un BMI moyen dans la normalité pour cet âge (BMI normal entre 11 et 16).

Différents outils ont été produits par l’équipe :

  • Dès le début de la recherche le site internet mangeursheureux.be a été mis en ligne ;
  • La pyramide des comportements / pyramide des mangeurs heureux ;
  • La formation des professionnels, formation aux modules notamment (mais aussi sur la régulation, le dépistage des comportements à risque, les stratégies de prise en charge) ;
  • D’autres outils parmi lesquels : la thérapie ACT (cf. pleine conscience) ; le set de table ; le jeu de la faim ; le jeu du pot ; la boîte verte, les fiches-actions, le quiz…

 

 Ce projet s’est achevé en mars 2021.

Le rapport final est disponible sur demande au Fonds Houtman.

Vous pouvez trouver également plus d’informations sur le site des mangeurs heureux .