Rendre confiance en ses capacités d’apprentissage, Ateliers de Soutien à la Réussite. © Centre d’Action Laïque de la Province de Liège

En 2012, le Fonds Houtman lance l’appel à projets « Réalités de la discrimination en milieu scolaire ». 

Peu de recherches ont été menées concernant la perception de la discrimination par les enfants ou les adolescents. Les sociologues soulignent pourtant des différences statistiques parfois importantes dans le parcours scolaire des enfants et des adolescents issus de l’immigration. Ceux-ci semblent plus à risque de décrochage scolaire, avec toutes les conséquences qui peuvent en découler. Certains comportements discriminatoires récurrents envers ces enfants ou ces adolescents, qu’ils soient perçus ou non, peuvent donc contribuer à la réduction des chances de ces enfants à poursuivre un parcours scolaire et professionnel d’une qualité égale à celle des autres enfants. Il est donc primordial d’agir, et ce le plus tôt possible (par exemple dès le début des secondaires voire la fin des primaires), afin de réduire ou même de faire disparaître ces comportements.

Dans le cadre de cet appel, 6 projets sont sélectionnés pour un montant global d’environ 115.000 €.

Projet 1 : « L’éducation inclusive : valeur ajoutée face aux défis des discriminations multiples des jeunes » - IRFAM et l’ULg

Les objectifs du projet « L’éducation inclusive : valeur ajoutée face aux défis des discriminations multiples des jeunes » de l’IRFAM (Institut de Recherches, Formations et Actions sur les Migrations) et l’ULg étaient les suivants :

  • Mettre en œuvre un accompagnement méthodologique auprès de 2 écoles secondaires (l’Athénée Royal Alfred Verwée à Schaerbeek et l’Athénée Royal de Marchienne-au-Pont) afin de développer des actions concrètes qui permettront de faire progresser le système et les acteurs vers une éducation inclusive à la diversité (travailler pour l’inclusion et non contre la discrimination).
  • Tirer de ces expériences les enseignements nécessaires à l’extension d’une telle philosophie et de telles pratiques de coaching et de formation continue in situ.

A l’issue de ce travail, il est à noter que l’intervention mise en place a permis de rencontrer 10 des 14 critères permettant de juger du fonctionnement inclusif des écoles.

Au niveau des aboutissements concrets :

  • Dans les 2 écoles, un noyau dynamique enseignants/éducateurs (une cellule participative) a été créé avec la participation d’élèves, de parents, parfois d’anciens, etc.
  • Persistance de ces cellules malgré le turnover.
  • Autonomisation de ces cellules, avec une implication réduite de l’IRFAM au fil du temps.
  • Mise en place de projets ambitieux.
  • Appels à d’autres réseaux.
  • Identification d’objectifs concrets à partir des premiers diagnostics, objectifs s’adaptant aussi aux possibilités des enseignants et à l’état d’avancement du projet global.
  • Stabilisation d’outils : la cellule elle-même, la radio scolaire, la page Facebook, la bibliothèque, etc.
  • Lancement de groupes à tâches sur des points spécifiques : association de parents, etc.
  • Emergence d’un vocabulaire, d’un discours, d’une expérience positive sur le fonctionnement participatif/inclusif.
  • Possibilité d’une écoute indépendante offerte aux enseignants, qui manquent souvent de soutien/de reconnaissance dans leur école.
  • Nouveau dynamisme et leadership permettant de solidariser les personnes dans les équipes mais aussi d’ouvrir ces équipes vers l’extérieur.
  • Réalisation d’un diagnostic de sortie en 2015, diagnostic qui montre combien l’expérience a été positive pour une éducation inclusive.

Au niveau des perspectives pour d’autres écoles désireuses de travailler ces aspects, il importe de retenir cette idée de « coaches », en lien éventuellement avec une AMO locale. Les observations relatives à ce projet ont aussi été rassemblées sous la forme de rapports, synthèses, articles, etc.

Projet IRFAM. Soirée préparatoire du voyage littéraire et interculturel à Istanbul en mai 2015, Athénée Y. Vieslet.

Projet 2 : « Projet Tandem » - Haute Ecole Libre Mosane (HELMo) – Dép. pédagogique

Ce projet avait les objectifs suivants :

  • Construire chez les futurs enseignants un regard plus positif sur les jeunes issus de l’exil ou de milieux populaires ;
  • Développer chez les jeunes concernés une image plus positive des activités scolaires et culturelles, de soi et des enseignants.

Il partait également du constat que l’enseignement secondaire est souvent injuste, voire douloureux, surtout pour les élèves les plus fragilisés. La formation des maîtres au sein de l’HELMo se veut en résistance/en réaction à cela. L’école veut faire de ses enseignants des acteurs sociaux, des acteurs d’une éducation plus citoyenne, une éducation qui doit permettre aussi à chacun de faire évoluer ses droits. La volonté est donc multiple :

  • Travailler la rencontre avec les plus fragilisés ;
  • Travailler la perception des autres et de soi ;
  • Travailler la rupture avec de vieilles conceptions ;
  • Travailler de nouveaux modèles.

La mise en œuvre du projet : pendant la première année, il s’agissait de vivre en tandem. Des duos/trios de futurs enseignants et d’élèves de 1re différenciée ont été formés (école D+, en discrimination positive – Saint-Louis Amercoeur). Il y a eu des rencontres individuelles et collectives, des sorties au cours desquelles les formateurs étaient présents. L’idée était de vivre « côte à côte » et non « face à face ». Les vécus de ces rencontres ont été analysés en haute école et des rédactions « biographiques » ont été réalisées. 9 étudiants ont aussi décidé de réaliser leur TFE sur ce thème. La deuxième année a été celle de la concrétisation des TFE dédiés à la lutte contre l’exclusion scolaire (avec un important volet collectif). Un tableau conceptuel a été créé, reprenant les facteurs favorisant l’exclusion (sur base des réflexions et analyses communes). Il faut aussi noter le cours de sociologie et de pédagogie entièrement axé sur cette thématique et sur la différenciation.

Au niveau des résultats, il faut noter les éléments suivants :

  • Des étudiants heureux des rencontres menées et fiers des liens noués ;
  • Une description accessible de la problématique et des pistes envisageables ;
  • Des enseignants véritables acteurs de leur formation et à l’identité marquée ;
  • Des formateurs renforcés.

Tandem semble avoir marqué les futurs enseignants comme leurs formateurs. Il s’agit (au sein de l’HELMo) d’une véritable pédagogie institutionnelle, de méthodes actives, et de prises de positions claires. Le projet est devenu aujourd’hui « Aconcwester » (marcher côte à côte en wallon), et se concrétise dans l’accompagnement en écoles de devoirs de publics défavorisés.

Dans les suivis du projet, il faut noter aussi :

  • La création d’un atelier en sciences de l’éducation (Bac 1) axé sur les ruptures, le rapport à l’école et la construction d’un projet d’enseignement ;
  • Une formation continue que les diplômés poursuivent à l’HELMo ;
  • L’ouverture d’une école des droits ;
  • Le démarrage de réflexions dans d’autres options aussi, par exemple en math – projet de maths citoyennes…

Projet 3 : « Prévention de la discrimination en milieu scolaire : des récits des acteurs à la formation des enseignants » - Haute Ecole Paul-Henri Spaak – Unité de Recherche en Ingénierie et Action Sociale (URIAS)

Le projet de la Haute Ecole Paul-Henri Spaak – Unité de Recherche en Ingénierie et Action Sociale (URIAS) avait les objectifs suivants :

  • Rendre manifestes et identifiables les mécanismes d’ethnicisation qui se jouent dans les rapports scolaires afin de les désamorcer.
  • Elaborer des outils (modules de formation/de sensibilisation) adaptés à la formation des enseignants de la catégorie pédagogique, d’abord de la Haute Ecole Paul-Henri Spaak.
  • Diffuser plus largement ensuite (notamment via le web ou via une journée d’étude) les outils de formation/de sensibilisation au sein des acteurs du milieu scolaire.

La recherche-action était basée sur des analyses en groupes avec des jeunes et des enseignants de l’enseignement secondaire francophone (principalement sur Bruxelles). 10 analyses ont été réalisées, sur base des récits amenés par chacun (un récit choisi par analyse), et le rôle de l’équipe était de fournir au groupe des outils de décodage pertinents. Le résultat de ce travail se concrétise dans l’élaboration de 3 modules :

  1. Un module empirique (les récits) ;
  2. Un module d’analyse des récits ;
  3. Une boîte à outils théoriques, outils de décodage (sur le plan sociologique ou anthropologique).

L’ensemble a été publié sur le site de la Haute Ecole, et une journée de diffusion a eu lieu en avril 2015. Le but des modules est bien de proposer des outils utilisables par un maximum d’acteurs du monde scolaire.

Projet 4 : « Exploration du vécu de la discrimination en milieu scolaire auprès d’enfants et d’adolescents d’Etterbeek et de Péruwelz, dans une perspective de coéducation » - UMons – Dép. d’Etudes et d’Actions Sociales

Le projet de l’UMons avait pour objectif premier de donner la parole à des élèves afin de recueillir un éventuel vécu discriminatoire qui pourrait être empreint de représentations so­ciales, de stéréotypes, de préjugés, de violence et/ ou de harcèlement. Frédéric Hardy et Bruno Humbeeck, psychopédagogues et animateurs de ces programmes, se sont intéressés à la souffrance potentielle qui pouvait exister dans les espaces scolaires.

Ensuite, il s’agissait de créer des émissions de télévision éducatives pouvant de­venir des leviers d’action sur les représentations, et par conséquent, sur les comportements. L’UMons a pour cela collaboré avec la chaîne de télévision locale Télésambre, dans le cadre du programme « Une éducation presque parfaite ».

Les animations filmées en classe ont fourni une matière vaste dont des extraits ont été montés. Ces capsules ont fait réagir des experts à l’antenne et l’émission a ensuite été présentée aux enfants et aux adolescents qui, à leur tour, ont eu l’occasion de réagir aux propos tenus par les adultes. Outre les focus groupes comme espace de parole et les émissions comme place de débat, les propos des jeunes transmis sur antenne ont été décryptés. Leur analyse a permis de voir comment ils s’exprimaient à propos du harcèlement et des discriminations vécues à l’école. Les chercheurs ont identifié nombre de préjugés, stéréotypes, représentations sociales et actes de violence ainsi que différentes sortes d’activation des phénomènes de discrimination. Mais ils ont également repéré des indices de résilience.

Une quarantaine d’émissions existent, abordant des questions qui touchent aux besoins de l’en­fant et de l’adolescent, que ce soit dans les milieux d’accueil, à l’école, etc. Grâce au soutien du Fonds Houtman, huit nouveaux épisodes sur le thème de la discrimination ont été réalisés avec les élèves de quatre écoles d’Etterbeek et de Péruwelz. Ils sont disponibles en ligne sur la page une-education-presque-parfaite.

Ces émissions ont également été rassemblées dans un coffret de DVD complété d’un fascicule d’utilisation pour les professeurs ou les animateurs soucieux d’aborder le sujet avec leurs élèves.

Projet 5 : « Accompagner des ados en rupture scolaire » - ASBL Odyssée

L’ASBL Odyssée accompagne des adolescents en décrochage scolaire et les aide à se remettre en projet, à redevenir acteurs de leur avenir. Ce projet-ci a développé, en colla­boration avec un nombre grandissant d’écoles, une méthodologie d’intervention pour le (ré)accrochage scolaire et social de jeunes en difficulté dans la Région de Bruxelles-Capitale.

Les jeunes qu’accompagne Odyssée (417 en 2012-2013) sont majoritairement, inscrits en troisième année. En travaillant également avec des jeunes du premier degré, l’ASBL espère réduire les décrochages ultérieurs. L’équipe d’Odyssée se fonde sur la motivation, la confiance en soi.

85 % de ces jeunes sont issus de l’immigration. Odyssée travaille étroitement avec les écoles, qui lui adressent leur inquiétude et leur demande d’intervention pour un jeune dont les absences s’accumulent. L’association le contacte et lui propose un rendez-vous, un accompagnement individuel ou familial. Elle propose aussi des ateliers pour les classes dans un but de prévention du décrochage, des coups de pouce pour acquérir une meilleure méthode de travail. Elle invite également les jeunes à sortir de leur cadre habituel pour poser un autre regard sur qui ils sont, sur leurs relations aux autres. Ces ateliers sont basés sur le challenge, le dépassement de soi et le renforcement positif.

L’accompagnement de ces jeunes prend la forme de suivis individuels, mais aussi d’ateliers en groupe. Pour le suivi individuel, 5 étapes peuvent être dé­taillées :

  • Le signal, la demande d’intervention de l’école ;
  • L’approche du jeune ;
  • Le premier entretien, l’accroche ;
  • La création du lien et l’accompagnement ;
  • La clôture de l’accompagnement

Outre cet accompagnement, Odyssée organise des ateliers de communication adultes-ados et de sensibilisation à l’exclusion destinés aux professeurs et aux éducateurs. L’ASBL travaille enfin à l’ouverture d’une antenne à Louvain-la-Neuve, ainsi qu’à Charleroi, en 2014-2015.

Projet 6 : « Les ateliers de soutien à la réussite » - Centre d’Action Laïque de la Province de Liège

Le projet du Centre d’Action Laïque de la Province de Liège s’est déroulé dans le cadre du projet plus global « Molinay 2017 », dédié à ce quartier de la Ville de Seraing, et plus particulièrement à l’école primaire Morchamps. Le CAL a décidé de prendre en charge la question de la réussite scolaire des enfants de l’école, et ce dès la maternelle.

Les objectifs étaient les suivants :

  • Sensibiliser aux discriminations par l’action ;
  • Réduire le malaise et le mal-être des différents protagonistes dans l’apprentissage scolaire des enfants ;
  • Démontrer qu’une prise en charge adaptée intégrant le facteur « immigration » donne des résultats positifs sur la scolarité des enfants et sur leur niveau d’apprentissage ;
  • Diminuer le poids des préjugés par la prise de conscience de ceux-ci et leur évacuation dans l’évaluation d’une situation ;
  • Favoriser une pratique d’apprentissage inclusive, valorisante et positive pour les enfants, les parents et les enseignants ;
  • Revaloriser les rôles tant des parents que des enseignants dans une dynamique d’apprentissage constructive et respectueuse ;
  • Diminuer la fracture scolaire, le décrochage et le déterminisme liés aux discriminations des enfants d’origine étrangère.

3 axes ont été développés auprès des enfants : des ateliers de soutien à la réussite (remédiation et aide aux devoirs), des ateliers du mercredi (animations) et des ateliers de découvertes extraordinaires. Les ateliers de soutien à la réussite sont organisés en lien avec les enseignants de l’école Morchamps et un projet pédagogique est élaboré pour chaque enfant. L’enseignant reste ainsi l’acteur premier et est aussi responsable de la réussite de l’enfant. Par les ateliers du mercredi et les ateliers extraordinaires, les volets éducatif (« citoyen ») et culturel sont ajoutés au pédagogique. Le travail du CAL a touché une cinquantaine d’enfants de l’école.

Rendre confiance en ses capacités d’apprentissage, Ateliers de Soutien à la Réussite, Centre d’Action Laïque de la Province de Liège

Colloque « De la discrimination à l'inclusion - des outils pour les milieux scolaires »

Le 5 février 2016, un colloque intitulé « De la discrimination à l’inclusion – des outils pour les milieux scolaires » s’est déroulé à la Cité Miroir à Liège. Ce colloque a rassemblé des acteurs du monde de l’école et du monde associatif gravitant autour de l’école qui sont, dans leur pratique quotidienne, confrontés à des enfants et/ou des adolescents issus de l’immigration et victimes de discrimination(s)/d’exclusion.

Plus d’informations dans les Cahiers du Fonds n°18 et n°20 sur la « discrimination en milieu scolaire » à retrouver ici