La thématique du harcèlement est une problématique que le Fonds souhaite aborder depuis longtemps et qu’il entame en 2023 et 2024 au travers de deux formes d’appels à projets différents. Les projets soutenus sont présentés ci-dessous.

Recherche exploratoire sur le harcèlement en accueil extrascolaire - La CODE

En mars 2024, le Fonds Houtman lancait un nouvel appel à candidatures sur le thème du « harcèlement (1) en accueil extrascolaire ». Au travers de celui-ci, le Fonds souhaitait soutenir la réalisation d’une recherche exploratoire permettant d’aboutir à des recommandations pour la prise en charge du harcèlement dans le cadre extrascolaire en Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette recherche exploratoire avait pour objectif de faire un état des lieux de la perception du phénomène de harcèlement dans l’extrascolaire et d’identifier un maximum d’initiatives déjà mises en place pour y remédier, ainsi que les freins et difficultés propres aux lieux d’accueil extrascolaire. 
Le Fonds Houtman souhaitait, par le biais de cette recherche, voir émerger une définition claire du harcèlement versus les conflits entre élèves et le rôle du climat scolaire.

(1) Le harcèlement se caractérise généralement par les trois critères suivants : volonté, répétition et pouvoir. Le harceleur blesse volontairement, soit
physiquement soit par des mots ou des comportements humiliants, et ce, de manière répétée. Parler du harcèlement à votre enfant | Portail de l’UNICEF

C’est l’équipe de la CODE, la Coordination des ONG pour les droits de l’enfant, qui a été retenue pour son projet « Recherche exploratoire sur le harcèlement des enfants en accueil extrascolaire en Fédération Wallonie-Bruxelles ». Ce projet a démarré en janvier 2025 et s’est achevé en avril 2026.

La CODE est un réseau d’associations qui a pour objet de veiller ensemble à la bonne application de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant en Belgique, et plus spécifiquement en Fédération Wallonie-Bruxelles, à travers des missions d’étude, d’information, d’éducation et de plaidoyer.

L’équipe de recherche était composée de :

  • Fadoua Messaoudi, chercheuse principale, docteure en Sciences politiques et sociales, chargée de recherche à la CODE;
  • Anne-Catherine Rasson, chercheuse titulaire, docteure en droit, maîtresse de conférences invitée et chargée de recherche – UCLouvain Saint-Louis Bruxelles;
  • Marie D’Haese, coordinatrice de la recherche, psychopédagogue, co-coordinatrice de la CODE.

Les objectifs de cette recherche exploratoire qualitative en FWB sont de :

– faire un état des lieux de la perception du phénomène de harcèlement en accueil extrascolaire.

– identifier un maximum d’initiatives mises en place pour y remédier ainsi que les freins et difficultés propres aux lieux d’accueil extrascolaire.

– Les livrables sont : une revue de la littérature, une enquête et des recommandations.

Note : AES => Accuillant.e.s  ExtraScolaire.s

L’échantillon de cette recherche se compose ainsi :

  1. Entretiens semi-directifs: 30 accueillantes extrascolaires, responsables de projet d’accueil, coordinateur ATL, directeurs d’école. L’objectif est de comprendre les représentations et pratiques des AES face aux conflits et harcèlement
  2. Focus Group: 34 AES rencontrés au sein de 4 focus groupes à Molenbeek. L’objectif est d’analyser les pratiques concrètes et la dynamique collective face aux conflits et harcèlement.
  3. Analyse de textes règlementaires et institutionnels: référentiel de l’accueil extrascolaire. Avec pour objectif de comprendre le cadre prescriptif et les attentes sociales envers les AES.
  4. Ateliers Enfants – Rencontre avec 58 enfants entre 7 et 13 ans au sein de 4 focus groupes. L’objectif était de donner une place à la parole des enfants concernant l’accueil extrascolaire.
© Rapport Final de la CODE avril 2026

L’équipe évoque comme point de départ le fait que les professionnels ne travaillent pas tous dans les mêmes conditions, et cela conditionne leurs pratiques.

 

  • L’autonomie comme condition: le rôle du professionnel est de développer l’autonomie de l’enfant.

L’équipe a analysé le référentiel psychopédagogique, le décret et la circulaire. Ensuite, cela a été confronté à la réalité du terrain et fait apparaître le concept de :

  • Pratiques prudentielles: c’est-à-dire les tensions entre travail prescrit et travail réel. Cela suppose un jugement, une évaluation. On est souvent dans du cas par cas.

L’enjeu est de comprendre comment on lie le travail prescrit et celui du terrain.

Le harcèlement a été considéré comme une porte d’entrée, l’équipe n’a pas pris le harcèlement au sens strict mais toutes les pratiques autour de cette approche préventive.

Présentation des résultats :

1/ Tous confrontés aux mêmes épreuves de professionnalité : il faut y exercer un jugement pratique

2/ Mais tous n’y répondent pas de la même façon : il y a différentes façons de faire

3/ Et le troisième résultat découle des deux premiers : tout ce qui a été mis en évidence permet de mieux comprendre comment le climat scolaire se construit, notamment du point de vue des AES.

Résultat 1 : tous confrontés aux mêmes épreuves :

Épreuves émotionnelles

Épreuves organisationnelles (influence des conditions concrètes de l’exercice du travail)

Épreuves éthiques (question du bien agir)

 

Dans les épreuves éthiques, l’équipe évoque le registre d’actions avec 4 types d’action :

  1. Le faire avec (l’idéal)
  2. Le faire pour (l’enfant est considéré comme capable mais il ne le fait pas et il faut donc mettre une limite)
  3. Le faire à la place de (la capacité d’autonomie de l’enfant est considérée comme illusoire)
  4. Le laisser faire

 

Les professionnels vont prendre en compte trois variables : la posture de l’enfant, le contexte de vie et le danger.

Résultat 2 : différentes façons d’y faire face :

Au niveau des conditions d’exercice du métier (conditions externes, comme le type d’opérateurs, et conditions internes).

Au niveau individuel : selon que l’on conçoive la situation d’une façon ou d’une autre.

 

Résultat 3 : ce qui éclaire comment se construisent et varient les climats scolaires, et comment ils favorisent ou freinent les situations de harcèlement :

Ce résultat découle des deux premiers. Tout ce qui a été mis en évidence permet de mieux comprendre comment le climat scolaire se construit et notamment du point de vue du harcèlement.

Le harcèlement ne peut pas être compris seulement comme un problème de comportement entre enfants mais il s’inscrit dans un climat scolaire (environnement relationnel, physique, matériel et normatif).

On identifie les liens :

Environnement relationnel => épreuves émotionnelles

Environnement physique => épreuves organisationnelles

Environnement normatif => épreuves éthiques (quand les rôles des professionnels sont flous, les règles peuvent paraître incohérentes)

A partir de ces dimensions, on voit pourquoi le climat scolaire ne sera pas le même partout. Il y a des segmentations au niveau des conditions d’exercice du métier, au niveau individuel.

L’équipe montre que la question du harcèlement apparaît plutôt comme un révélateur des conditions de fonctionnement du collectif de l’accueil extrascolaire.

Cela contribue à un climat scolaire positif et prévient le harcèlement. L’accueil extrascolaire apparaît comme un analyseur pertinent du climat scolaire.

Présentation des recommandations issues de la recherche :

Une idée-clé: La prévention et la lutte contre le harcèlement, compris comme un phénomène systémique, s’inscrit et dépend de configurations relationnelles, organisationnelles et normatives.

6 leviers d’action complémentaires :

Levier 1 : Renforcer la continuité éducative entre scolaire et extrascolaire.

Levier 2 :  Reconnaître le secteur → Valoriser le métier : Accompagner l’effectivité du passage entre “surveillance” et “travail éducatif reconnu”.

Levier 3 : Mettre fin aux statuts précaires (ALE, article 60, bénévolat, contrats temporaires) : reconnaitre l’accueil extrascolaire comme un véritable métier, avec salaire, stabilité et droits

Levier 4 : Stabiliser et structurer les équipes → Réduire la rotation, créer du temps de concertation en équipe (encore trop inégale alors que c’est une condition pour un cadre éducatif stable)

Levier 5 : Mieux former et accompagner les professionnel.le.s

Levier 6 : Ressources et outils →

  • Développer des ressources accessibles aux professionnel.le.s sans tout réinventer (référentiel psychopédagogique en appui dans des temps de formation/concertation/discussion d’équipe pour construire des repères).
  • Renforcer le rôle de l’ONE comme centre de ressources

Pour aller plus loin, retrouvez la présentation complète de la recherche dans le rapport final « Recherche exploratoire sur le harcèlement en accueil extrascolaire » publié en avril 2026 :

Lacode_Recherche-exploratoire-sur-le-harcelement-en-accueil-extrascolaire_Avril26.pdf

Recherche intitulée « Le harcèlement scolaire : comparaison et évaluation de l’efficacité de méthodes d’intervention » - ULiège

En 2023, le Fonds Houtman a proposé un appel à projets sous forme de budget collaboratif, orienté vers les équipes de recherche des hautes écoles et universités.

Le Fonds Houtman souhaitait par cet appel apporter un petit budget complémentaire à un projet déjà bien construit et en grande partie financé, mais auquel il manquait encore un dernier apport. La thématique globale restait celle de l’enfance en difficulté, mais  les thématiques visées sous ce thème global pouvaient cependant être très diverses. Il s’agissait aussi pour le Fonds d’une opportunité de rassembler différents partenaires et de leur permettre de collaborer autour d’une question spécifique ; de joindre les forces en présence dans un but commun.

Outre l’aspect multipartenaires (et multidisciplinaire), l’aspect collaboratif devait aussi porter sur l’aspect budgétaire (au moins 2 sources de financement différentes, hors Fonds Houtman).

Le projet pouvait être un projet dépassant les frontières de la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais le subside du Fonds devait porter sur ce qui est développé en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Un budget maximum de 10.000 € par projet était disponible.

Le projet qui a été retenu s’intitule « Le harcèlement scolaire : comparaison et évaluation de l’efficacité de méthodes d’intervention », par Adélaïde Blavier, Promotrice du projet, Directrice du Centre d’Expertise en Psychotraumatisme et Psychologie Légale de l’ULiège, et Juliette Destiné, Co-Promotrice et Chercheuse, Faculté de Psychologie.

Le but de ce projet est d’évaluer deux méthodes, très répandues en FWB : la méthode de la préoccupation partagée, et la méthode systémique et stratégique de Palo Alto.

La méthode de la préoccupation partagée consiste en une intervention au niveau du groupe (harceleurs et témoins), et a pour objectif de faire naître la préoccupation et l’empathie du groupe envers la victime, afin qu’elle se sente mieux. La méthode systémique et stratégique de Palo Alto est une intervention uniquement auprès de la victime et a pour but de développer les compétences sociales de la victime pour qu’elle puisse se défendre seule.

Il s’agit d’une étude longitudinale avec quatre entretiens, trois avec les élèves et un avec les professionnels.

Cette recherche a débuté en septembre 2021, soit 2 ans avant le début du financement du Fonds, et se poursuivra jusqu’en 2025. Le subside du Fonds concerne une période d’une année à partir de novembre 2023.  La partie de la recherche financée par le Fonds Houtman s’est achevée fin octobre 2024. Les résultats ne seront diffusés que lorsque la recherche sera terminée.