Enfants de parents détenus

En Belgique, 17.000 enfants environ sont confrontés à l’incarcération d’un de leurs parents (9.000 en Fédération Wallonie-Bruxelles). Dans 80% des cas, il s’agit du père. Cette détention influence le développement psycho-affectif et social de l’enfant. La séparation souvent brutale, le poids du secret, la honte et le sentiment de culpabilité, la dévalorisation sociale, le manque de soutien affectif et d’image parentale ou encore la vulnérabilité économique sont autant d’éléments qui insécurisent l’enfant. Mais comment soutenir cette relation amenée à se dérouler dans des conditions pour le moins difficiles ? L’intérêt de l’enfant nécessite souvent le maintien de sa relation avec son parent incarcéré. C’est dans ce cadre que le Fonds Houtman a, dans un premier temps, financé un programme de 12 actions de terrain qui se sont déroulées dans des établissements carcéraux de la Fédération Wallonie-Bruxelles entre 2003 et 2005. Mais le Fonds s’est aussi intéressé à la situation des enfants de mères incarcérées et a soutenu des projets à ce sujet entre 2011 et 2016 (voir plus bas).

Les initiatives soutenues dès 2003 ont pris différentes formes : espaces d’accueil pour les familles, aménagement des visites des enfants à la prison de façon ludique et interactive, soutien psychologique et activités créatives autour de la relation parentale, réseau de bénévoles accompagnant les enfants pour les visites, etc. Originalité : ces actions ont réuni des groupes issus d’horizons divers : les équipes d’établissements pénitentiaires, des services d’aide aux détenus, des services d’aide aux justiciables, le secteur associatif et des parents détenus. La plupart poursuivent aujourd’hui leur bonhomme de chemin. Parmi ces actions, le réseau Itinérances a fait l’objet dès le départ d’une véritable collaboration entre le Fonds Houtman, l’ONE et la Croix-Rouge, avec l’objectif de mettre sur pied un important réseau d’accompagnement des enfants rendant visite à leur parent détenu. Cet accompagnement est réalisé depuis maintenant de nombreuses années par des volontaires qui accomplissent un travail exemplaire.

Le Fonds a également soutenu un processus d’analyse collectif associant des chercheurs de l’UCLouvain et de la Fondation Travail-Université avec les intervenants des douze actions de terrain afin d’élaborer des cadres d’analyse rigoureux et d’affiner les instruments de travail à destination des professionnels concernés par la problématique des enfants ayant un parent incarcéré. Ce volet « recherche » a abouti à la publication d’un référentiel des actions en faveur des enfants de détenus.

« Itinérances : un réseau de volontaires qui accompagnent des enfants en visite à leur parent détenu» - Croix-Rouge de Belgique

Chaque année, 17.000 enfants environ, qui pour la plupart ont moins de quinze ans, sont confrontés à l’incarcération de leur père ou de leur mère. La moitié d’entre eux ne leur rendent jamais visite. Les causes en sont multiples : éloignement du lieu d’emprisonnement, milieu familial précarisé, placement en institution, absence ou insuffisance des moyens de transport…

Parmi les 12 actions soutenues par le Fonds figuraient la création et le développement d’un réseau de volontaires accompagnateurs des enfants qui rendent visite à leur parent détenu. Le projet, initié par un partenariat entre la Croix-Rouge de Belgique et le Relais Enfants-Parents, a été rebaptisé en 2006 « Itinérances » et repris intégralement par la Croix-Rouge (Département Action sociale). Il connaît un développement constant et a été soutenu financièrement par le Fonds pendant de nombreuses années.

Une évaluation du réseau a été menée entre 2009 et 2011, en collaboration avec l’ULB. La synthèse de ces résultats est disponible auprès du Fonds.

En 2013 et 2014, le Fonds Houtman a également soutenu la refonte de la formation spécifique dédiée aux volontaires Itinérances.

Le bilan 2019 du réseau « Itinérances » est le suivant :

  • 1.692 missions confiées à la CRB (contre 1.802 en 2018)
  • 1.348 visites concrétisées (contre 1.124 en 2018)
  • 312 enfants bénéficiaires (contre 262 en 2018)
  • 422 volontaires inscrits au registre central
  • 290 volontaires actifs (contre 272 en 2018)
  • 4 enfants en moyenne par mission ont été accompagnés par une équipe de deux volontaires (contre 2 enfants en 2018).

188.822 Kilomètres parcourus (contre 206.923 kilomètres en 2018) avec une moyenne de 140 kms par mission (197 en 2018). Soit l’équivalent de 4 tours du monde.

Une évaluation du réseau a été menée entre 2009 et 2011, en collaboration avec l’ULB – Unité de Psychologie du Développement et de la Famille (Prof. A. Courtois) et Unité de Psychologie Sociale (Prof. A. Azzi). La synthèse de ces résultats est toujours disponible : Synthèse Evaluation Itinérances mars 2012

Outre le référentiel, différents outils ont été réalisés suite à ces travaux, parmi lesquels deux films documentaires :

  • Le premier, davantage à destination des professionnels :  » Car tu porteras mon nom « , de Sébastien Verkindere, production Agit. Prod. S.A. Ce film sera disponible bientôt sur notre chaîne YouTube en version française sous-titrée en anglais OU (pour le format DVD – version française uniquement) sur demande auprès du Fonds à cette adresse : cbornauw@fondshoutman.be ; nous remercions ici le réseau Eurochips (European Network for children of imprisoned parents – www.eurochips.org) pour le sous-titrage réalisé.
  • Le second, plutôt à destination du grand public :  » Pourquoi on ne peut pas se voir dehors quand il fait beau « , de Bernard Bellefroid, coproduction Les Films du Fleuve et Wallonie Image Production ; disponible sur DVD (version française uniquement) sur demande auprès du Fonds à cette adresse : cbornauw@fondshoutman.be.

La Recherche et les 12 actions

Recherche évaluative conjointe « Enfants – parents détenus » - Recherche-action menée par l'UCL et la Fondation Travail-Université

Action 1 : « L'Accueil » - Service Laïque d'Aide aux Justiciables de Bruxelles

Action 2 : « Aménagement de la salle de visite de la prison de Nivelles » - Relais Enfants-Parents

Action 3 : « Aménagement de la salle de visite de la prison d'Andenne » - Relais Enfants-Parents

Action 4 : « L'accompagnement parental » - Prison de Dinant

Action 5 : « Aménagement de la salle de visite de la prison de Ittre » - Relais Enfants-Parents

Action 6 : « Aménagement de la salle de visite de la prison de Saint-Gilles » - Relais Enfants-Parents

Action 7 : « Action de soutien spécifique à la fonction parentale des pères détenus et de leur compagne dans le but de favoriser et d'inscrire le maintien du lien père-enfant dans des contextes propices à l'épanouissement de l'enfant » - Service d'Aide Sociale aux Justiciables de Verviers

Action 8 : « Petit Tom en visite» - Brochure par Laurent Goffin, Rose-Anne Lurquin-Delvaux et Patrick Soutmans

Action 9 : « Aménagement de la salle de visite du quartier femmes de la prison de Mons » - Relais Enfants-Parents

Action 10 : « Actions Enfants de parents détenus » - Partenariat ASBL Espace Libre, ASBL AJMO et Etablissement pénitentiaire de Jamioulx

Action 11 : « Visites père-enfant(s) au Centre de Détention de Saint-Hubert » - Centre de Détention de Saint-Hubert

Action 12 : « Création d'un réseau de volontaires accompagnateurs d'enfants qui rendent visite à leur parent détenu » - Partenariat Relais Enfants-Parents et Croix-Rouge de Belgique, Service Action Sociale, Secteur prisons

Plus d’informations dans le Cahier du Fonds n°3 « Enfant et parent détenu » et n° 12 « Itinérances ».

« Thème des enfants en bas âge dont la mère est incarcérée en Belgique francophone » - Centre de recherches et d’interventions sociologiques de l'Université de Liège (Prof. F. Schoenaers )

Entre 2011 et 2016, le Fonds Houtman a soutenu une équipe de l’Université de Liège (Prof. F. Schoenaers – Centre de recherches et d’interventions sociologiques), sur le thème des enfants en bas âge dont la mère est incarcérée en Belgique francophone.

Le travail de l’ULg s’est déroulé en 2 temps :

  • Un premier volet (2011-2013), de recherche, qui a abouti à un état des lieux de la situation des jeunes enfants dont la mère est en prison en Fédération Wallonie-Bruxelles (les quartiers femmes des prisons de Berkendael, Lantin et Mons ont été ciblés). Il s’agissait notamment de mettre en évidence lors de cet état des lieux les éventuels besoins spécifiques de ces enfants, mais aussi de proposer des recommandations et des pistes pour des actions plus ciblées visant à améliorer leur situation. 83 mères détenues ont participé à l’enquête, 39 ayant des enfants de moins de 6 ans (56 enfants concernés au total). Budget alloué à ce volet : 74.962,75 € (budget 2011). Les recommandations suivantes ont été formulées à l’issue de ce 1er volet :

Une plus grande sensibilisation des acteurs concernés (magistrats, etc.) afin de limiter les séparations mère-enfant en bas âge et de prendre en compte l’intérêt des jeunes enfants. La prise en compte de leurs besoins passe inévitablement par un recours prioritaire aux peines alternatives ou à la détention à domicile pour les courtes peines (qui concernent un tiers des mères de l’étude – et un tiers sont en détention préventive), comme c’est le cas dans d’autres pays européens.

  1. Une plus grande coordination entre la magistrature, les services de police et les services d’aide à la jeunesse à certains moments-clés du parcours des mères et des enfants, et en particulier lors de l’arrestation. La moitié des enfants en bas âge sont présents lors de l’arrestation de leur mère et aucun délai raisonnable n’est prévu pour réfléchir et préparer la séparation et l’accueil de l’enfant.
  2. Une amélioration de la fréquence et de la qualité des relations entre les mères incarcérées et leur enfant en bas âge, par l’amélioration des visites spécifiques adaptées aux tout-petits et par l’utilisation de nouveaux moyens de communication.
  3. L’installation effective d’une unité mère-bébé distincte, séparée des sections carcérales, ainsi que la mise à disposition du protocole signé en 2014 sur la naissance et l’accueil des bébés en prison.
  4. Un renforcement de l’accompagnement et du suivi psychosocial des enfants et des familles qui les accueillent, lorsque les enfants sont placés dans la famille élargie.
  5. Un meilleur accès à l’information relative à leurs droits, tant pour les mères incarcérées que pour les enfants et leur famille.
  • Un second volet (2014-2016) a permis la mise en œuvre de certaines de ces recommandations, en particulier la mise en place de modules d’information et de sensibilisation auprès de différents acteurs extramuros (police, magistrature, barreau, services de l’Aide à la Jeunesse, services d’aide aux détenus, etc.). Et, surtout, à l’issue de ces modules, la rédaction d’un guide de bonnes pratiques, aujourd’hui disponible. Budget alloué à ce second volet : 21.559 € (budget 2014).

Le « Guide de bonnes pratiques concernant la prise en charge et l’accompagnement des enfants en bas âge dont la mère est incarcérée en Belgique francophone », préfacé par Dan Kaminski (UCL) et Sophie de Saussure (Université d’Ottawa), continue à être diffusé.

Colloque « Un parent en prison... des enfants le vivent » - Octobre 2007

Le 5 octobre 2007, un colloque intitulé « Un parent en prison… des enfants le vivent » s’est déroulé au Palais des Congrès de Liège et a rassemblé environ 700 personnes.  Cette journée était organisée en collaboration avec la Croix-Rouge de Belgique et avec le soutien du SPF Justice, la Direction Générale des Etablissements Pénitentaires et la Direction Générale de l’Aide à la Jeunesse.

Plus d’informations dans le Cahier du Fonds n°3 « Enfant et parent détenu » et n° 12 « Itinérances ».