L’impact de l’enfermement sur les enfants est une préoccupation qui n’est pas neuve pour le Fonds Houtman. Déjà en 1995, le  Fonds octroyait un Prix en faveur du Relais Enfants-Parents et entre 2002 et 2006 le Fonds soutenait des projets en faveur des enfants de parents détenus.

La prison n’est pas un univers réservé aux adultes. Des adolescents sont détenus en IPPJ, d’autres sont internés dans des institutions psychiatriques. Les centres fermés pour demandeurs d’asile retiennent des mineurs… Quelles sont leurs conditions de vie ? Comment les améliorer ? Le Fonds a voulu répondre à ces questions en encourageant DEI-Belgique (Défense des Enfants International) dès 2014 dans son projet international de contrôle des lieux de détention pour mineurs.

« Children’s Rights Behind Bars » - Défense des Enfants International (DEI-Belgique)

Le Fonds Houtman a soutenu, entre juillet 2014 et février 2016, un large projet coordonné par l’ONG Défense des Enfants International (DEI-Belgique). Au travers du projet Children’s Rights Behind Bars, Défense des Enfants International (DEI) a mené un énorme  travail d’enquête et d’analyse. Benoît Van Keirsbilck, le directeur de son antenne belge, est l’initiateur de cette recherche qui réunissait des partenaires issus de 14 pays européens et une dizaine d’experts internationaux. Ce projet s’est déroulé en deux phases et a abouti en 2016 à la publication d’un rapport très dense – Children’s Rights Behind Bars – et à la création d’un guide pratique destiné à tout professionnel chargé de surveiller, contrôler ou visiter les lieux où des enfants/des jeunes sont enfermés. Ce guide, comme les autres outils réalisés au cours de ce travail, est disponible sur le site du projet children-s-rights-behind-bars

En Belgique, il faut savoir que l’on comptabilise 408 places fermées pour jeunes, et ce dans divers types d’institutions : IPPJ, unités pour adolescents dans des hôpitaux psychiatriques, centres fédéraux fermés (sections des dessaisis). A ces places s’ajoutent celles utilisées aussi parfois dans les commissariats de police, les bâtiments de justice, les centres fermés pour étrangers…

Un contrôle externe et indépendant de tous ces lieux, ainsi que des mécanismes accessibles, indépendants et effectifs pour vérifier et traiter les plaintes, sont nécessaires. Le guide pratique est destiné à tous les acteurs chargés de ces missions.

Le projet financé par le Fonds a aussi donné lieu à une action très spécifique avec des jeunes de la section des mineurs dessaisis de St-Hubert. L’ONG leur a proposé un atelier photo pour exprimer leur point de vue, faire part de leur expérience. Un photographe professionnel, Thomas Freteur, leur a transmis des bases techniques puis, en deux groupes de cinq ou six, les jeunes ont pu disposer des appareils pendant quelques jours. Quelques-unes de leurs réflexions accompagnent les clichés retenus pour illustrer le livre « Au travers des barreaux, Regards de jeunes privés de liberté », livre qui a pour vocation d’expliquer comment fonctionne la justice des mineurs dans un langage accessible. Pour toute information concernant ce livre, contacter DEI.

Le 15 février 2016 s’est tenue aussi la conférence de clôture du projet « Children’s rights behind bars » au Comité économique et social européen à Bruxelles. Cette conférence finale a rassemblé de nombreux experts internationaux et présenté les résultats du projet ainsi que le guide pratique « Monitoring des lieux où des enfants sont privés de liberté ». Une exposition des photos réalisées pour le livre « Au travers des barreaux, Regards de jeunes privés de liberté » était également présentée en parallèle.

Les partenaires du projet « Children’s rights behind bars » :

Autriche, Belgique, Espagne, Estonie, France, Irlande, Italie, Lettonie, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Roumanie ; le Centre des Droits de l’Enfant (République de Serbie), The Howard League for Penal Reform (Royaume-Uni), l’Organisation Mondiale contre la Torture (OMCT) et le Conseil de l’Europe (CoE).

« Un parcours participatif vers la réinsertion » - Défense des Enfants International (DEI-Belgique)

Dès 2017, le Fonds envisage un nouveau soutien à DEI, pour le projet « Un parcours participatif vers la réinsertion » poursuite du projet « Children’s rights behind bars ». Ce second projet est coordonné par DEI-Belgique, en partenariat avec les associations suivantes : Défense des Enfants International – Italie, le Département de Justice Juvénile du Ministère de la Justice (Italie également), la Howard League (Royaume-Uni) et la Fondation Helsinki pour les Droits de l’Homme (Pologne).

Il s’articule autour de trois axes :

  1. renforcer les capacités des professionnels du secteur : d’une part, des organes de contrôle, et d’autre part, des professionnels travaillant au sein des lieux où des enfants sont privés de liberté ;
  2. promouvoir la participation active des mineurs privés de liberté afin qu’ils contribuent activement à l’amélioration de leurs conditions de détention et au respect de leurs droits ;
  3. favoriser les collaborations entre les différentes institutions et services impliqués dans le processus de réinsertion des mineurs privés de liberté au sein de leur milieu social.

La convention signée avec le Fonds concerne en particulier les activités suivantes, relevant essentiellement du droit à la participation des mineurs privés de liberté, ainsi que de leur réinsertion dans leur milieu social :

-La mise en œuvre d’un projet-pilote dans l’IPPJ de St-Servais (filles) visant à promouvoir la participation active des mineures sur base d’outils de recueil de la parole des jeunes (projet impliquant jeunes et personnel éducatif) ;

– La conception par les jeunes de l’IPPJ de Wauthier-Braine (garçons) d’un outil d’information adaptés aux enfants leur permettant de mieux comprendre quels sont leurs droits durant leur placement. Le développement de cet outil se fera au moyen de disciplines ou de médias originaux tels que la photo, la vidéo, la radio, la peinture, le dessin, le théâtre, etc. ;

– La création de groupes de travail composés des différents intervenants internes et externes (juges, avocats, directeurs d’IPPJ, travailleurs sociaux, éducateurs, AMO, maisons de jeunes, écoles, SAMIO, API, etc.) impliqués dans le processus de réinsertion des mineurs privés de liberté et le renforcement de leur travail en réseau en vue d’une meilleure insertion sociale des mineurs ;

– La production d’un manuel européen synthétisant les acquis du projet afin de pouvoir faire état de bonnes pratiques et de recommandations à l’attention de l’ensemble des acteurs concernés au niveau européen.

Ce projet s’est achevé en décembre 2018.

Plus d’informations dans le Cahier du Fonds n°21 « Enfance et enfermement » à retrouver ici